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Vendredi 18 Mai 2012Livre

 La ville et le tableau

La ville et le tableau

Robert FREEMAN WEXLER

Editions Zanzibar - 330 pages - traduit de l'américain par Anne-Sylvie Homassel

Et ta critique ?




Voilà un roman qui vous emmene loin des sentiers battus. Belle méditation sur le statut d’artiste et grand portrait de New-York. La découverte d'un auteur.


Jacob Lerner est un sculpteur qui vit de son art et habite à New-York. Il enseigne et jouit d’une certaine renommée. Un jour, invité par Freed un ami d’enfance qui conjugue le goût de l’art et celui de la spéculation, Jacob tombe en arrêt devant un tableau qui représente une belle métisse. Ce tableau date du milieu du 19eme siècle et il va hanter Jacob jusqu’à lui faire croiser son auteur, dans une dimension parralèle.

Telles sont les bases du roman La ville et le tableau de Robert Freeman Wexler  que les Editions Zanzibar viennent de publier. On sait peu de choses de Freeman Wexler, si ce n’est qu’il a déjà publié un roman et un recueil de nouvelles aux Etats-Unis. Il vit dans l’Ohio avec sa femme et sa fille. Son éditeur nous dit qu’il est d’une extrême timidité.

Digne descendant d’un Burroughs ou d’un Edgar Allan Poe, cet auteur nous ouvre les panneaux coulissants d’un monde ou rève et réalité fusionnent. Son écriture allie profusion métaphorique quasi-baroque et intrusion chirurgicale dans l’univers d’un artiste. Il n’est pas facile d’entrer dans son univers car le lecteur n’est ni rassuré ni bichonné mais s’il persévère dans sa lecture, l’auteur lui rend au centuple ce qu’il a apporté d’attention. C’est un roman qui ressemble à un chemin escarpé longeant un torrent. On avance en tremblant devant la pente mais l’air vif purifie vos poumons.

Il faut insister sur le fait qu’on trouve peu d’auteurs de cette trempe, capable de décrypter les rapports compliqués de l’artiste à la société, de l’artiste face au marché que constitue son œuvre. Cet auteur-là, en même temps vous entraine dans un délire peuplé de marionette de verre et d’acrobate nue et recrée autant le New-York des années 1840 que des pays rèvés aux coutumes étranges.

N’oublions pas New-York qui est également le personnage principal de ce drôle de récit. New-York qui change et se restructure constamment comme le flux vital et l’inventivité.

Ce roman est puissant et évocateur. On a le sentiment qu’il avance sur une corde raide car il ose des scènes qu’un rien rendrait ridicule et les réussit. Ecrire, c’est aussi et souvent froler des gouffres qui ne demandent qu’à vous engloutir.

Robert Freeman Wexler nettoie votre regard et vous rend plus vivant que vous n’étiez avant d’ouvrir son roman. Ajoutons qu’Anne-Sylvie Homassel, la traductrice, effectue un travail remarquable.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 19/07/2010