Voilà un roman qui vous emmene loin des sentiers battus. Belle méditation sur le statut d’artiste et grand portrait de New-York. La découverte d'un auteur.
Jacob Lerner est un sculpteur qui vit de son art et habite à New-York.
Il enseigne et jouit d’une certaine renommée. Un jour, invité par Freed
un ami d’enfance qui conjugue le goût de l’art et celui de la
spéculation, Jacob tombe en arrêt devant un tableau qui représente une
belle métisse. Ce tableau date du milieu du 19eme siècle et il va
hanter Jacob jusqu’à lui faire croiser son auteur, dans une dimension
parralèle.
Telles sont les bases du roman La ville et le tableau de Robert Freeman
Wexler que les Editions Zanzibar viennent de publier. On sait peu de
choses de Freeman Wexler, si ce n’est qu’il a déjà publié un roman et
un recueil de nouvelles aux Etats-Unis. Il vit dans l’Ohio avec sa
femme et sa fille. Son éditeur nous dit qu’il est d’une extrême
timidité.
Digne descendant d’un Burroughs ou d’un Edgar Allan Poe, cet auteur
nous ouvre les panneaux coulissants d’un monde ou rève et réalité
fusionnent. Son écriture allie profusion métaphorique quasi-baroque et
intrusion chirurgicale dans l’univers d’un artiste. Il n’est pas facile
d’entrer dans son univers car le lecteur n’est ni rassuré ni bichonné
mais s’il persévère dans sa lecture, l’auteur lui rend au centuple ce
qu’il a apporté d’attention. C’est un roman qui ressemble à un chemin
escarpé longeant un torrent. On avance en tremblant devant la pente
mais l’air vif purifie vos poumons.
Il faut insister sur le fait qu’on trouve peu d’auteurs de cette
trempe, capable de décrypter les rapports compliqués de l’artiste à la
société, de l’artiste face au marché que constitue son œuvre. Cet
auteur-là, en même temps vous entraine dans un délire peuplé de
marionette de verre et d’acrobate nue et recrée autant le New-York des
années 1840 que des pays rèvés aux coutumes étranges.
N’oublions pas New-York qui est également le personnage principal de ce
drôle de récit. New-York qui change et se restructure constamment comme
le flux vital et l’inventivité.
Ce roman est puissant et évocateur. On a le sentiment qu’il avance sur
une corde raide car il ose des scènes qu’un rien rendrait ridicule et
les réussit. Ecrire, c’est aussi et souvent froler des gouffres qui ne
demandent qu’à vous engloutir.
Robert Freeman Wexler nettoie votre regard et vous rend plus vivant que
vous n’étiez avant d’ouvrir son roman. Ajoutons qu’Anne-Sylvie
Homassel, la traductrice, effectue un travail remarquable.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 19/07/2010