Silvia et Arlequin se portent un amour pur et réciproque. Mais un prince a jeté son dévolu sur la jeune villageoise. On retrouve alors les stratagèmes, les jeux de rôles, et la rencontre des mondes bourgeois et rural chers à Marivaux pour faire flancher leurs sentiments.
La mise en scène d’Anne Kessler nous transporte avec plaisir dans l’élégance d’un appartement parisien jusque dans sa salle de bain. Le décor est superbe, si ce n’est le grand écran superflu. Un balcon en fer forgé face au public devient le lieu des confidences. Quant à la musique, elle souligne la solitude des puissants et apporte une scène de danse délicieuse à la My fair lady.
Le plaisir vient ensuite de la qualité de jeu des comédiens. Adeline d’Hermy joue Silvia avec une sincérité désarmante. Elle porte la prose de Marivaux de toute son innocence « Oh! j’ai toujours eu du guignon dans les rencontres» « Lorsque je l’ai aimé, c’était un amour qui m’était venu ; à cette heure que je ne l’aime plus, c’est un amour qui s’en est allé ; il est venu sans mon avis, il s’en retourne de même, je ne crois pas être blâmable. »
Georgia Scalliet donne à Lisette un côté espiègle et nonchalant bienvenu. Sans perversité, mais avec une sacrée malice, Florence Viala joue une Flaminia convaincante. Et on salue enfin les élèves comédiens de la Comédie française pour leur présence sur scène -sans aucune réplique. Il est certes peu gratifiant de faire partie du décor mais on y voit là une étape avant d’endosser les grands rôles.
On sourit beaucoup ce soir-là dans la salle Richelieu. Autant à voir goûter les deux villageois à la coquetterie, aux honneurs et aux festins qu’avec les bourgeois qui côtoient la simplicité de cœur et d’esprit. On recommande !
Jusqu’au 1er mars 2015
à la Comédie française